DANS LA PRESSE

La Montagne - Aout 2006


CARL PHILIP LE FILS... L'art de la distinction selon Hurel et Ayrton

Carl Philip Emanuel Bach immense musicien incom­pris ! C'est peu de le dire. Pour mieux saisir la fulguran­ce de son véritable génie no­vateur, le pèlerinage en l'égli­se de Saint-Avit s'imposait sa­medi. Là vous auriez eu le rare privilège d'en mesurer l'étendue. 

Rare, car il lui faut rencon­trer les bons interprètes. Pré­curseur de la musique ro­mantique, le deuxième fils du grand Johann Sebastian ? Bien plus encore. Juliette Hu­rel en administre la preuve avec la stupéfiante pièce pour flûte Wtq 132. Sidérante de grâce rythmique, de musi­calité sensuelle, elle l'est sans aucun doute. Plénitude vir­tuose du souffle conduit tout en légèreté, sens aigu du dé­tail et précision extrême dans la lisibilité du trait mélodi­que : tout dans le jeu de cette musicienne respire l'équili­bre et le bonheur dans la clarté dynamique.

Bref, la distinction. Là ne s'arrête pas les qualités de cette belle flûtiste. Donner à entendre la modernité de ce compositeur sans en altérer l'identité ? Pas uniquement. Elle en réveille une énergie immatérielle, aux équilibres mélodiques semblant étran­gement indomptés, affran­chis des dogmes. Juliette Hu­rel en dénoue pourtant une à une les énigmatiques in­flexions pour en libérer l'in­définissable sapidité. Singu­larité partagée par la Sonate BWV 1020 de Bach père, tant il est probable que Carl Ema­nuel en serait l'auteur vérita­ble. En écho, la concentration du discours d'un Patrick Ayr­ton au clavecin, fertilise cette rencontre au sommet. L’har­monie de l'articulation entre les deux mains, franche, inci­sive, rayonne sous la perti­nence des tempos dépouillés de tout prosaïsme.

On pénètre dans l'univers très sollicitant et enivrant de la musique pure. Le style luthé aux harmonies super­bement liées de son toucher scintillant, accorde enfin à l'instrument sa vraie présen­ce chromatique tant dans la sonate KV 14 que dans la Sui­te pour clavecin seul de Mo­zart ou la Sonate 1030 de Bach.

Ayrton maîtrise non seule­ment la science du bien dire, mais il y apporte émotion poétique et alacrité de ton. Une hauteur de vue qui con­fère aux images musicales un enjeu expressif et des rutilan­ces aux savoureux mode­lés.

ROLAND DUCLOS
La Montagne
14 Aout 2006

flute